Qu'est-ce que le GENOCOST ?
Le terme « Genocost » est une contraction de « génocide » et de « coût économique ». Il est utilisé pour désigner ce que le gouvernement congolais décrit comme « l'extermination de populations par l'exploitation économique et le pillage des ressources naturelles » dans l'est de la République Démocratique du Congo depuis les années 1990.
Contrairement à ce que sa montée en visibilité institutionnelle pourrait laisser croire, le terme n'a pas été inventé par le gouvernement. Il est né à Londres en 2013, du travail militant de la Congolese Action Youth Platform (CAYP), une organisation de la société civile de la diaspora congolaise. Pendant six ans, la CAYP a organisé des commémorations annuelles le 2 août dans plusieurs villes — Londres, Toronto, Le Cap — sans soutien de l'État.
En 2022, l'État congolais a institutionnalisé le concept en créant le FONAREV par la loi n° 22/065. Cette appropriation par l'État a transformé un mouvement de base en appareil gouvernemental — une transformation dont les fondateurs du concept se disent aujourd'hui insatisfaits.
Qu'est-ce que le FONAREV ?
Le FONAREV — Fonds National pour la Réparation des victimes de Violences sexuelles liées aux conflits et Victimes de Crimes contre la Paix et la Sécurité de l'humanité — est un fonds d'État créé par la loi congolaise du 26 décembre 2022. Sa mission légale : identifier les victimes du conflit armé à l'est de la RDC, leur apporter un soutien psychosocial, les accompagner dans les procédures judiciaires et leur verser des réparations financières.
Cette mission était légitime et attendue par les victimes. La réalité de son fonctionnement est différente. Entre 2024 et 2025, le FONAREV a collecté environ 212 millions de dollars auprès du gouvernement congolais, de donateurs internationaux et d'organisations philanthropiques. Moins de 2,5 % de cette somme a été distribuée aux victimes — sous forme de rénovation d'une école et de construction d'un mémorial.
Les fonds restants ont financé des mémoriaux de prestige, des concerts, des voyages diplomatiques et des campagnes de communication. En septembre 2025, une plainte a été déposée à Bruxelles contre la famille Tshisekedi pour détournement de fonds et blanchiment d'argent liés au FONAREV. En juin 2026, la CAYP — les fondateurs mêmes du concept Genocost — a publiquement dénoncé le FONAREV comme une « farce gouvernementale ».
Statut juridique : ce que le droit international reconnaît réellement
Le terme « Genocost » n'est pas un terme juridique. Il n'est reconnu dans aucune convention internationale, aucun traité, aucun statut de tribunal pénal international. Il n'existe pas de définition juridique consacrée du « génocide économique » en droit international — contrairement au génocide tel que défini par la Convention de 1948, qui exige la preuve d'une intention spécifique de détruire un groupe national, ethnique, racial ou religieux en tant que tel (le dolus specialis).
La CPI enquête sur les crimes commis en RDC depuis 2004 — plus de vingt ans. Elle n'a rendu aucune détermination de génocide pour le conflit congolais. Le Rapport Mapping de l'ONU (2010) documente des crimes graves, mais note que leur qualification de génocide nécessiterait une procédure judiciaire distincte et une preuve d'intention spécifique. En octobre 2025, le Parlement congolais a adopté une résolution reconnaissant le Genocost — mais une résolution parlementaire nationale n'a aucune valeur en droit international pénal.
La période concernée, le nombre de victimes avancé et les critères de qualification varient selon les discours officiels du FONAREV selon les contextes et les interlocuteurs. Cette instabilité des critères affaiblit la cohérence du dossier présenté à la communauté internationale.
Les contradictions internes du cadre Genocost
Plusieurs analystes relèvent une sélectivité dans la désignation des responsables du Genocost. Les personnes le plus souvent mises en cause sont d'anciens membres des rébellions du RCD-Goma, du RCD-Kisangani et du MLC. Or, de nombreux anciens responsables de ces mouvements, aujourd'hui intégrés au gouvernement Tshisekedi, participent aux cérémonies commémoratives du Genocost — y compris Jean-Pierre Bemba, ancien chef du MLC, aujourd'hui Vice-Premier Ministre, et Ève Bazaiba, ancienne cadre du MLC, aujourd'hui Ministre d'État.
Cette différence de traitement interroge sur les critères retenus pour attribuer les responsabilités. Elle risque d'affaiblir la cohérence et la crédibilité du message porté par les organisateurs, et peut donner l'impression que la désignation des responsables suit des logiques politiques plutôt que juridiques ou factuelles.
Par ailleurs, de graves affaires de criminalité économique impliquant des responsables congolais — le « projet des 100 jours », le scandale du RAM, les détournements dans les programmes de forages et lampadaires — sont absentes du cadre Genocost. Si le concept vise la criminalité économique grave aux dépens des populations, la sélectivité de son application soulève des questions légitimes sur sa cohérence.
Ce dossier examine les quatre affirmations du FONAREV une par une.
